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Héritage : entre perte de repères et violence silencieuse

Tribune d'opinion de Crispin Kashale

by Rédaction
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C’est avec une immense tristesse que j’ai appris la mort tragique d’une fille de Baba Chingazi à Bukavu, conséquence directe d’un conflit lié à l’héritage. Ce fait divers n’est malheureusement pas un cas isolé. Il est le reflet d’un mal profond qui ronge nos sociétés : notre rapport déstructuré à l’héritage.

Samedi dernier, un débat sur cette question était diffusé sur les ondes de Radio GT-SVEIN. Les témoignages entendus ont mis en lumière une réalité alarmante : l’héritage est devenu, chez nous, un sujet de convoitise, de division, parfois de drame. Et ce, parce que nous avons perdu de vue l’essence même de ce que signifie hériter.


Trop souvent, l’héritage ne concerne que ceux qui ont laissé des biens. Pourtant, beaucoup de parents meurent avec des dettes. Qui en hérite ? Qui les paye ? Là est le vrai nœud du problème. Car lorsqu’il s’agit de partager des terrains, des maisons, ou de l’argent, les prétendants se bousculent. Mais dès qu’il est question de dettes, c’est le silence. Plus personne. Le passif est rejeté. L’actif, lui, est disputé.

C’est cette logique qui alimente tant de tensions, de procès interminables et, hélas, parfois, des tragédies humaines. Car au fond, nous avons oublié qu’hériter, ce n’est pas seulement recevoir, c’est aussi continuer, porter, assumer.

Nous avons nos traditions

Nos cultures africaines n’étaient pourtant pas démunies sur ce sujet. Le droit coutumier, nos traditions, nos anciens avaient des mécanismes équilibrés pour la gestion des successions. Mais nous avons voulu les remplacer, sans préparation, par des modèles occidentaux. Résultat : une confusion totale, un vide juridique, et des familles brisées.

Nous imitons la culture française, les codes occidentaux, sans en comprendre les fondements. En Europe, hériter c’est souvent reprendre une entreprise, continuer une œuvre. Et cela se fait dans un cadre légal rigoureux, avec des protections étatiques. Chez nous, à la mort du patriarche, tout est vite dispersé. Il ne reste ni mémoire, ni structure, ni avenir.

La Zaïrianisation

Que sont devenus les héritiers de la zaïrianisation ? Combien ont su faire fructifier les biens acquis ? Bien peu. Parce que l’héritage n’a pas été accompagné d’une vision, d’un sens, ni d’une responsabilité.

Il est temps de revoir notre rapport à l’héritage. Il est temps de poser les bonnes questions : héritons-nous pour perpétuer un nom ou pour nous enrichir sur un coup de chance ? Acceptons-nous d’assumer autant le passif que l’actif ?

Plus que jamais, nous devons revenir à nos repères. Réconcilions-nous avec nos traditions. Ne perdons pas tout sous prétexte de modernité. Car un peuple qui oublie ses racines finit par s’effondrer.

Préservons ce que nous sommes, pour que l’héritage redevienne ce qu’il devrait être : une transmission de sens, de valeurs, de mémoire, et non une source de conflit et de mort.

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