Figure connue de la société civile de Goma, Gentil Sony Mulume revient sur son parcours de militant, son engagement au sein des mouvements citoyens et sa lecture de la situation politique actuelle en République démocratique du Congo.
Installé à Goma depuis plus de vingt-six ans, celui qui se présente comme un « fils de Goma » affirme avoir consacré une grande partie de sa vie à la défense des droits humains et à la lutte citoyenne.
« Nous avons commencé par des actions sociales pour réclamer l’eau, l’électricité, l’emploi et les routes. Plus tard, face aux tentatives de glissement du pouvoir, notre combat s’est orienté vers la défense de la démocratie et l’organisation des élections », explique-t-il.
Les années de prison sous le régime Kabila
Militant de la LUCHA dès les premières heures du mouvement, Gentil Sony Mulume fait partie des premiers activistes arrêtés lors des manifestations organisées en 2015.
« Avec mes camarades Fred Bauma, Christopher Ngoyi et d’autres militants, nous avons connu la prison pour avoir revendiqué pacifiquement le respect de la Constitution et l’organisation des élections », rappelle-t-il.
Malgré les arrestations et les poursuites judiciaires, il affirme avoir refusé l’exil afin de poursuivre son combat depuis Goma.
« Nous avons toujours pensé que notre place était auprès de la population. Nous avons refusé les propositions d’exil et continué à défendre nos convictions sur le terrain », souligne-t-il.
Contre les discours de haine et les divisions communautaires
Après l’alternance politique de 2019, Gentil Sony Mulume dit avoir poursuivi son engagement en dénonçant les discours de haine qui, selon lui, ont fragilisé la cohésion nationale.
Il évoque particulièrement les violences visant certaines communautés en raison de leur identité ou de leur apparence physique.
« Nous avons vu des citoyens être victimes de lynchages simplement à cause de leur morphologie ou de leur appartenance supposée à une communauté. Nous avons toujours refusé de cautionner ces dérives », affirme-t-il.
Avec d’autres acteurs de la société civile, il a participé à plusieurs campagnes de sensibilisation et de dénonciation de ces actes auprès des autorités nationales et de la communauté internationale.
Les bombardements et les violations du droit humanitaire
L’activiste rappelle également les mobilisations organisées à Goma après plusieurs bombardements ayant touché des populations civiles dans le Nord-Kivu.
Selon lui, des mémorandums ont été déposés auprès de la MONUSCO afin d’alerter sur les conséquences humanitaires du conflit.
« Nous avons documenté plusieurs cas de victimes civiles et dénoncé les violations du droit international humanitaire. Derrière les statistiques, il y a des familles endeuillées et des vies brisées », déclare-t-il.
L’espoir d’un changement durable
Interrogé sur la situation actuelle et la présence de l’AFC/M23 dans certaines parties du pays, Gentil Sony Mulume estime que la crise trouve son origine dans des problèmes de gouvernance et dans des revendications qui, selon lui, méritent d’être examinées.
« Les causes profondes des conflits doivent être abordées avec sérieux. Les réponses ne peuvent pas venir uniquement des armes. Il faut un dialogue sincère, la justice et une gouvernance responsable », soutient-il.
Pour cet acteur de la société civile, la paix durable passera par la reconnaissance des souffrances des populations, la lutte contre les violations des droits humains et la recherche de solutions politiques capables de restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions.
« Notre combat n’a jamais été celui de la haine. Il a toujours été celui de la dignité humaine, de la justice et du changement », conclut-il.
Par Sadiki