Une nouvelle configuration politique et militaire se dessine en République démocratique du Congo avec l’annonce de la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), une plateforme regroupant notamment l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et des personnalités issues de la plateforme « Sauvons la RDC ». L’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange, a été désigné à l’unanimité à la tête de cette nouvelle structure, selon les organisateurs.
La cérémonie constitutive, organisée à Goma en présence de plusieurs responsables politiques et militaires ainsi que de représentants de la presse, a été marquée par la lecture de la déclaration politique, l’adoption de l’acte constitutif et la désignation des principaux dirigeants du mouvement.
Une nouvelle coalition sur fond de crise politique
C’est Claude Ibalanky qui a donné lecture de la déclaration politique du FRN. Dans ce document, les fondateurs justifient leur initiative par ce qu’ils considèrent comme une profonde crise politique, institutionnelle et sociale traversée par la République démocratique du Congo.
Ils mettent notamment en cause la légitimité du pouvoir de Félix Tshisekedi, qu’ils accusent d’avoir organisé des élections frauduleuses en 2023. Ils dénoncent également la persistance des discours de haine, la dégradation des conditions de vie de la population et le non-respect présumé de plusieurs engagements politiques.
La déclaration évoque aussi les processus diplomatiques engagés pour résoudre la crise congolaise, notamment les négociations de Doha, dont les fondateurs estiment que les acquis et les engagements ne sont pas suffisamment pris en considération.
L’article 64 de la Constitution invoqué
Pour justifier leur démarche, les initiateurs du FRN se réfèrent à l’article 64 de la Constitution congolaise, qui prévoit le devoir de faire échec à toute prise ou tout exercice du pouvoir en violation de la Constitution.
Ce même article précise toutefois que toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État, punie conformément à la loi.
Les fondateurs présentent leur initiative comme une démarche visant à fédérer les forces politiques et les moyens nécessaires à une transformation profonde de la gouvernance nationale.
Ils affirment vouloir combattre la misère, favoriser le retour des réfugiés et contribuer à la reconstruction du pays. La déclaration appelle également les Congolais à se mobiliser autour des objectifs du nouveau mouvement.
Un acte constitutif signé par les principales figures du mouvement. Après la lecture de la déclaration politique, Dellion Kimbulungu a présenté l’acte constitutif du FRN.
Sous la conduite de Moïse Nyarugaba, le document a ensuite été soumis à la signature de plusieurs personnalités, notamment Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa, Sultani Makenga et Freddy Kaniki, avant d’être signé par Joseph Kabila Kabange en sa qualité de président du nouveau Front.
Cette étape a consacré, selon les organisateurs, la mise en place officielle de la nouvelle plateforme.
Joseph Kabila à la présidence, Nangaa, Bisimwa et Makenga à la vice-présidence
La nouvelle organisation se dote de plusieurs organes, dont un collège des fondateurs, un collège de la révolution, un collège du président et des vice-présidents ainsi qu’un comité exécutif.
La direction annoncée se présente comme suit :
– Président : Joseph Kabila Kabange
– Vice-présidents : Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et le général-major Sultani Makenga, chef d’état-major général de l’ARC
– Secrétaire général : Professeur docteur Freddy Kaniki
– Secrétaire général adjoint : Benjamin Mbonimpa
– Secrétaire permanent du collège des fondateurs : Désiré Rukomera
Une évolution majeure du paysage politique congolais
La désignation de Joseph Kabila à la tête d’une coalition intégrant l’AFC/M23 constitue une évolution politique importante, compte tenu de son statut d’ancien chef de l’État et du rôle joué par les autres responsables du mouvement dans la crise actuelle.
Cette nouvelle configuration soulève plusieurs questions quant à ses conséquences sur les rapports de force politiques et militaires, les négociations de paix en cours et les perspectives d’une solution durable à la crise congolaise.
La portée réelle du FRN dépendra notamment de sa capacité à préciser son programme politique, à définir ses mécanismes de fonctionnement et à articuler ses objectifs avec les initiatives diplomatiques déjà engagées.
Avec la création du Front pour la Refondation de la Nation, une nouvelle étape semble ainsi s’ouvrir dans la recomposition des alliances politiques autour de la crise congolaise.
Rédaction