Ce vendredi 22 août 2025 à 11h00, à l’Hôtel Serena de Goma, l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) a rendu public son deuxième Rapport documenté sur la situation des droits humains en République Démocratique du Congo.
La présentation a été suivie d’une série d’éclaircissements de son président, Bertrand Bisimwa, qui a tenu à répondre aux allégations d’organisations internationales et à préciser la position du mouvement dans le processus politique en cours.
« Des rapports fabriqués à distance »
Dans son intervention, Bertrand Bisimwa a vivement critiqué les méthodes de certaines organisations internationales, notamment Human Rights Watch et Amnesty International, qui ont récemment publié des rapports faisant état de massacres attribués à l’AFC/M23.
Selon lui, ces publications ne reposent que sur des témoignages anonymes recueillis par téléphone, depuis Genève ou New York, sans qu’aucune mission de terrain n’ait été effectuée.
« Dans une enquête sérieuse, on ne peut pas rester dans un bureau climatisé et publier des conclusions sans vérification directe », a déclaré M. Bisimwa.
« Pas une seule image, pas une liste nominative de victimes, pas même une preuve matérielle n’a été présentée. Comment peut-on affirmer qu’il y a eu 319 morts, puis 300, puis 140 selon les versions, sans cohérence et sans preuves ? »
Le président de l’AFC/M23 a rappelé que dans un contexte de guerre, la manipulation de l’opinion publique par des chiffres invérifiables peut avoir des conséquences dramatiques :
« Ces rapports fabriqués à distance ne consolident pas la paix. Ils donnent des arguments pour renforcer l’option militaire au lieu de soutenir le dialogue et la recherche de solutions politiques. »
Un appel à une enquête internationale indépendante
Pour sortir de ce qu’il qualifie de « campagne de manipulation », Bertrand Bisimwa a plaidé pour une enquête internationale indépendante menée directement dans les zones concernées.
« Nous ouvrons nos portes à toute mission indépendante », a-t-il insisté. « Si les faits sont avérés, nous l’assumerons. Mais si ces allégations sont fabriquées, ceux qui les propagent doivent aussi rendre des comptes. »
Le « projet d’accord venu de Kinshasa » : une diversion dénoncée
Abordant ensuite le processus de Doha, Bertrand Bisimwa a évoqué la circulation d’un projet d’accord attribué à la médiation, mais qui, selon lui, aurait en réalité été rédigé à Kinshasa.
Il estime que ce document, mis sur la place publique avant même la conclusion des discussions techniques, constitue une tentative de diversion.
« L’ordre des priorités est clair : d’abord un cessez-le-feu vérifiable, ensuite la libération des prisonniers. Ce projet d’accord vise à escamoter ces étapes pour ramener la discussion sur le partage du pouvoir, alors que nous l’avons toujours refusé », a expliqué le président de l’AFC/M23.
Selon lui, cette manœuvre rappelle les erreurs du passé : des accords centrés sur des postes politiques, sans jamais traiter les causes profondes des conflits, à savoir la faillite de l’État, la mauvaise gouvernance et la prédation des richesses.
« Pas de quête de postes, mais la paix »
Bertrand Bisimwa a tenu à préciser que son mouvement n’est pas en quête de fonctions politiques :
« Nous ne nous battons pas pour être gouverneur ou vice-gouverneur. Nous nous battons pour que les populations retrouvent la sécurité, pour que les prisonniers soient libérés et pour que les causes profondes des conflits soient enfin traitées. »
Il a rappelé que la délégation envoyée à Doha n’avait reçu mandat que pour discuter des mécanismes techniques de cessez-le-feu et de libération des détenus, rien de plus.
« Nous ne participerons pas à des discussions sur un projet d’accord imposé de l’extérieur. Notre position est claire : pas de partage du pouvoir, mais une paix définitive fondée sur la justice et la vérité. »
Un avertissement à la communauté internationale
En conclusion, Bertrand Bisimwa a mis en garde contre la tentation de reproduire le schéma de 2012–2013, lorsque des rapports internationaux avaient conduit à la résolution 2098 du Conseil de sécurité et à l’option militaire.
« Ce choix avait échoué hier. Il échouera encore demain. La seule voie possible est le dialogue sincère et la recherche de solutions aux causes profondes des conflits. »
Par Sadiki

