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Bukavu face à elle-même : l’heure du réveil a sonné

Chronique de Crispin Kashale

by Rédaction
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Bukavu, Sud-Kivu – Ville stratégique, centre culturel et poumon économique de la région, Bukavu avance depuis des années avec un paradoxe profond : une population qui réclame l’amélioration de ses conditions de vie, mais qui rejette souvent, avec vigueur, les initiatives censées conduire à ce changement.

Pourquoi ? Qu’est-ce qui nourrit cette résistance ? Et surtout, que dit-elle de la manière dont la ville se projette dans l’avenir ?

Une résistance ancrée dans l’histoire

La méfiance vis-à-vis de l’autorité ou de toute initiative nouvelle ne date pas d’hier. Au lendemain de l’indépendance, dans la zone de Kabare, la population avait exigé le départ des Belges. Pour marquer cette rupture, beaucoup avaient détruit les arbres plantés par l’administration coloniale et incendié les maisons : « Qu’ils partent avec leurs arbres et leurs maisons. Nous n’en voulons plus. »

Cette réaction, compréhensible à l’époque, a pourtant laissé derrière elle des terres nues et exposées à l’érosion. Aujourd’hui encore, les collines de Bukavu portent les conséquences de ces choix. Les générations actuelles, à Sibisse comme ailleurs, vivent avec les séquelles de décisions prises dans l’émotion, sans vision à long terme.

Une méfiance qui persiste envers les initiatives publiques

À Bukavu, toute décision visant l’organisation ou l’ordre public devient rapidement un sujet de confrontation.

Qu’il s’agisse :

  • de limiter la circulation des motos sur certaines artères,

  • d’interdire l’occupation anarchique des espaces verts,

  • de lancer des opérations de salubrité ou de curage des rivières,

  • ou d’instaurer des règles de circulation pour réduire les embouteillages,

…chaque mesure provoque immédiatement contestation, parfois avant même d’être comprise.

Pourtant, ces initiatives répondent souvent à des réalités urgentes :
circulation devenue impraticable après l’explosion du parc automobile, risques accrus d’épidémies en raison de l’insalubrité, disparition progressive des espaces verts, ou encore fragilité des infrastructures dans une ville enclavée.

Une confusion entre “changer” et “être trahi”

Beaucoup de citoyens associent le changement à une menace ou à une manipulation. L’histoire politique tourmentée du pays, marquée par des dirigeants souvent déconnectés des besoins réels de la population, a renforcé cette suspicion. Nombreux sont ceux qui estiment que derrière chaque action publique se cache un intérêt privé, un calcul politique ou une tentative d’exploitation.

Et il faut le reconnaître : cette perception n’est pas totalement infondée.
Des personnalités publiques se sont, par le passé, servies de la population pour se hisser à des postes de responsabilité avant de l’abandonner. Cela a profondément érodé la confiance.

Mais cette méfiance devient problématique lorsqu’elle bloque même des initiatives légitimes et nécessaires.

Entre auto-sabotage et besoin de renouveau

Le paradoxe de Bukavu est là : on réclame un changement, mais on détruit ce qui existe. On veut une ville propre, mais on jette les bouteilles dans les rues. On dénonce l’insalubrité, mais on refuse le Salongo. On exige l’ordre, mais on s’oppose aux règles. On veut plus d’espaces, mais on construit sur chaque parcelle, même celles destinées au service public.

Certains vont jusqu’à occuper les rares espaces verts restants, transformant des zones vitales en habitations privées. Cette logique de survie, combinée à une urbanisation anarchique, pousse la ville vers un point de non-retour.

Un avenir qui dépend d’une prise de conscience collective

Face à ces défis, un constat s’impose : aucun dirigeant, aucune institution, aucun projet ne pourra transformer Bukavu si la population ne change pas sa manière d’agir et de penser. Le vrai progrès ne viendra pas uniquement des autorités. Il viendra aussi d’une discipline collective, d’une maturité citoyenne et d’une volonté partagée de protéger le bien commun.

Il est temps de dépasser la méfiance, la colère héritée du passé et la résistance systématique.
Le changement n’est pas une menace : c’est une chance.

Bukavu a le potentiel de renaître.
Mais cela ne se fera que lorsque ses habitants décideront, ensemble, d’aller dans la même direction.

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