L’annonce de la mort de Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23), intervient dans un climat de vives tensions sécuritaires.
Au-delà de l’émotion suscitée par sa disparition, le mouvement met en cause ce qu’il qualifie de non-respect des engagements pris par le gouvernement de Kinshasa dans le cadre du cessez-le-feu et du processus de paix.
Un cessez-le-feu « vidé de sa substance »
Dans une déclaration rendue publique le 26 février, Lawrence Kanyuka affirme que
« les violations répétées du cessez-le-feu perpétrées par le régime de Kinshasa compromettent gravement les efforts de désescalade ».
Selon lui, les offensives en cours sur le terrain démontreraient un décalage entre les engagements officiellement annoncés et la réalité militaire observée. Il soutient que l’AFC/M23, pour sa part, demeure
« résolument engagée dans le strict respect du cessez-le-feu ainsi que des obligations découlant de l’Accord de Doha ».
Pour le mouvement, la poursuite des opérations militaires gouvernementales constituerait une rupture de la parole donnée dans le cadre des mécanismes de désescalade.
Accusation de rupture des engagements politiques
Bertrand Bisimwa, président du M23, a également réagi en dénonçant
« l’absence d’initiative claire et visible visant à obtenir l’arrêt immédiat de cette offensive gouvernementale ».
Il estime que le silence ou l’absence de condamnation publique face à ces opérations renforce l’impression d’un processus de paix fragilisé. Selon lui, la crédibilité d’un accord repose sur le respect effectif des engagements pris, et toute violation répétée sape la confiance indispensable aux négociations.
Dans des déclarations antérieures, il avait déjà souligné que certaines décisions internationales, notamment des sanctions ciblées, pouvaient déséquilibrer le processus de paix en « radicalisant » les positions au lieu de favoriser le dialogue.
Une critique du rôle de la communauté internationale
Au-delà de la situation militaire, le mouvement met en avant une réflexion plus large sur la conduite du processus de paix. Bertrand Bisimwa avait plaidé pour une solution portée d’abord par les acteurs africains, estimant que « la paix en Afrique doit être une affaire des Africains », la communauté internationale devant jouer un rôle d’accompagnement plutôt que d’arbitrage unilatéral.
Dans ce contexte, l’AFC/M23 considère que l’absence de pressions équitables sur les différentes parties au conflit contribuerait à affaiblir la dynamique de paix.
Un processus fragilisé
La mort de Willy Ngoma intervient ainsi à un moment charnière. Pour l’AFC/M23, cet événement s’inscrit dans une séquence où la confiance entre les parties est déjà profondément érodée.
À ce stade, aucune communication détaillée n’a été rendue publique par les autorités de l’AFC/M23 concernant les circonstances exactes des événements évoqués par les médias.
Les observateurs redoutent que la multiplication des accusations réciproques et la perception d’un non-respect des engagements pris ne compromettent davantage un processus de paix déjà fragile dans l’est de la République démocratique du Congo.
