À l’occasion de la commémoration du 21ᵉ anniversaire du génocide de Gatumba, le coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, Bertrand Bisimwa, a livré un discours puissant devant un public ému à Goma.
Ce massacre, perpétré dans la nuit du 13 août 2004 au camp de réfugiés de Gatumba, au Burundi, a coûté la vie à plus de 166 réfugiés Banyamulenge, pour la plupart des femmes et des enfants, tués dans des conditions d’une extrême cruauté.
Un crime planifié et ciblé
Revenant sur les faits, Bisimwa a rappelé que les massacres de Gatumba réunissent tous les éléments constitutifs du crime de génocide tels que définis par la Convention des Nations unies de 1948 : intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national ou ethnique, et exécution de cette intention par des actes de mise à mort, d’atteintes physiques graves et de destruction délibérée.
Il a décrit les méthodes atroces employées par les assaillants : incendies volontaires, usage de plastiques fondus pour brûler les victimes, enfermement dans des abris de fortune avant d’y mettre le feu. « L’intention de donner la mort est établie », a-t-il affirmé, soulignant que ces crimes avaient été commis contre des personnes déjà déplacées et vulnérables, poursuivies jusque dans leur lieu de refuge.
L’impunité comme drame national
Bisimwa a dénoncé l’inaction de la communauté internationale et du gouvernement congolais face à ces crimes, parlant d’« une justice à deux vitesses ». Selon lui, les responsables, loin d’être inquiétés, ont parfois trouvé refuge et même une influence politique en RDC.
Il a rappelé que dès juin 2004, via la Synergie nationale pour la défense du peuple, il avait alerté sur la préparation du massacre, mais ces avertissements avaient été ignorés. « Nous paraissions comme des voix criant dans le désert », a-t-il regretté.
Une stratégie criminelle régionale
Pour Bisimwa, le génocide de Gatumba s’inscrit dans une logique plus large d’hostilité envers les Banyamulenge, nourrie par des réseaux régionaux et internationaux. Il accuse certains groupes armés, y compris les FDLR et des milices locales, d’avoir bénéficié de complicités politiques et de soutiens logistiques pour mener ces attaques.
Il a aussi pointé du doigt l’instrumentalisation de la société civile et la corruption d’une partie de la classe politique congolaise par ces forces négatives, dans le but de s’approprier des terres et des ressources.
Mémoire, éducation et résistance
Dans son intervention, Bisimwa a insisté sur la nécessité de préserver la mémoire des victimes par des commémorations, la création de monuments, la collecte et la diffusion de témoignages, ainsi que l’intégration de cet épisode dans les programmes éducatifs.
Il a plaidé pour un soutien psychologique, médical et économique aux survivants, et appelé à une « résistance farouche » contre l’occupation et les spoliations, rappelant l’attachement des populations de l’Est à leur terre et à leur culture.
Appel à l’unité
En conclusion, Bertrand Bisimwa a exhorté toutes les communautés de l’Est à dépasser les divisions ethniques et linguistiques pour bâtir une société fondée sur la paix, la justice et la réconciliation.
« Nous devons nous protéger mutuellement et défendre notre vivre-ensemble », a-t-il affirmé, ajoutant que la reconstruction collective est un devoir pour assurer un développement durable et une paix définitive.

