À l’occasion de la commémoration du 22ᵉ anniversaire du massacre de Gatumba, Bertrand Bisimwa a appelé les Congolais à tirer les leçons de cette tragédie en combattant la haine, la stigmatisation et l’exclusion avant qu’elles ne conduisent à de nouvelles violences.
« Un massacre ne se résume pas à une statistique »
Dans son discours, le Coordonnateur politique adjoint de l’AFC/M23 chargé des questions politiques, administratives, juridiques et diplomatiques a rendu hommage aux hommes, femmes et enfants tués dans la nuit du 13 au 14 août 2004 au camp de réfugiés de Gatumba, au Burundi.
« Chaque victime avait un nom. Chaque victime avait une famille. Chaque victime avait une histoire. Chaque victime avait des rêves », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de préserver la dimension humaine de cette tragédie.
La haine précède souvent la violence
Bertrand Bisimwa a particulièrement insisté sur les mécanismes qui conduisent aux violences collectives. « Les massacres et les autres crimes odieux, tels que le génocide, ne commencent jamais par les armes. Ils commencent par une simple pensée négative, traduite ensuite en mots, puis en actes », a-t-il affirmé.
Selon lui, lorsqu’une identité devient une accusation et qu’une communauté est présentée comme une menace, la stigmatisation peut progressivement conduire à l’exclusion, à la persécution puis à la violence.
Aucun Congolais ne devrait justifier son appartenance
Le discours a également défendu une conception inclusive de la nationalité congolaise. « On ne peut construire une République en distribuant des certificats de nationalité selon l’ethnie, la langue, le nom, le faciès, la religion ou la région d’origine », a déclaré Bertrand Bisimwa.
Il a rappelé que les Banyamulenge sont Congolais et soutenu qu’aucun citoyen ne devrait avoir à choisir entre son identité communautaire et son appartenance à la République.
Justice plutôt que vengeance
Pour Bertrand Bisimwa, préserver la mémoire de Gatumba ne signifie pas nourrir la vengeance. « La vengeance généralise la culpabilité, alors que la justice individualise les responsabilités », a-t-il souligné.
Il appelle ainsi à poursuivre la recherche de la vérité, à établir les responsabilités et à inscrire Gatumba dans la mémoire nationale, notamment par la documentation et l’enseignement de cette histoire aux générations futures.
De Gatumba à Minembwe
Évoquant la situation sécuritaire dans les hauts plateaux de Minembwe, Bertrand Bisimwa a également accusé une coalition comprenant notamment les forces burundaises, les FARDC, les FDLR et des groupes Wazalendo de faire peser une menace sur les populations de cette région. Ces accusations constituent la position exprimée par l’AFC/M23 dans ce discours.
Il a toutefois insisté sur un principe : « Protéger une communauté menacée ne veut pas dire la monter contre les autres communautés. »
« La prévention doit précéder les condoléances »
Au-delà de Gatumba, le message central de cette commémoration est celui de la prévention.
« La prévention doit précéder les condoléances », a lancé Bertrand Bisimwa, appelant particulièrement la jeunesse congolaise à refuser les discours de haine, la déshumanisation, la discrimination et l’oubli.
La commémoration s’est ainsi achevée autour de trois impératifs : se souvenir parce que l’oubli prépare la répétition, rechercher la justice parce qu’une paix sans justice demeure fragile, et construire la nation par la capacité de vivre ensemble malgré les différences.
Rédaction