Home Actualité Goma, un an après la chute : Autopsie stratégique d’un choc militaire et reconfiguration de la défense congolaise (NKuy Kimbungu Wally Walter)

Goma, un an après la chute : Autopsie stratégique d’un choc militaire et reconfiguration de la défense congolaise (NKuy Kimbungu Wally Walter)

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 Dans une tribune, ce chercheur en sciences politiques de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) analyse la chute de la Goma au Nord-Kivu, une année après son occupation par l’AFC/M23.  NKuy Kimbungu Wally Walter, puisque c’est de lui qu’il s’agit, constate que la pratique des mercenaires n’est pas une première en RDC, étant donné que le Président Mobutu l’avait également adoptée. lisez plutôt l’intégralité de cette analyse que nous coulons en toute intégralité dans les lignes qui suivent

 

La chute de Goma, intervenue dans un contexte de recomposition accélérée des équilibres militaires dans l’Est de la République démocratique du Congo, a constitué un choc stratégique majeur pour l’État congolais et pour la région des Grands Lacs. Un an plus tard, l’événement continue de produire ses effets politiques, diplomatiques et sécuritaires, tout en ravivant de vieux débats sur la souveraineté, la dépendance militaire extérieure et l’architecture régionale de sécurité.

Avant la chute : fragilités structurelles et diplomatie sous tension

Avant la perte temporaire de contrôle de Goma, plusieurs signaux faibles annonçaient une dégradation rapide de la situation sécuritaire. Les FARDC faisaient face à une multiplicité d’acteurs armés groupes locaux, forces étrangères, mouvements rebelles structurés dans un environnement caractérisé par la porosité des frontières, l’économie de guerre et des rivalités régionales persistantes.

Malgré les dispositifs multilatéraux existants mécanismes régionaux, présence onusienne, initiatives diplomatiques africaines l’État congolais se heurtait à une contrainte classique : l’écart entre l’ambition politique et la capacité militaire effective sur le terrain. Problèmes logistiques, chaîne de commandement parfois fragmentée, dépendance à des soutiens extérieurs et lenteur dans la réforme du secteur de la sécurité constituaient des vulnérabilités bien connues.

Sur le plan diplomatique, Kinshasa menait une offensive active auprès de partenaires africains et occidentaux, tout en cherchant à internationaliser la crise. Mais ces démarches se heurtaient à la complexité des intérêts régionaux, aux calculs stratégiques des voisins et à la prudence des grandes puissances, souvent plus enclines à privilégier la désescalade qu’un engagement direct.

Après Goma : électrochoc politique et tournant sécuritaire

La chute de la ville a agi comme un révélateur brutal. Elle a mis en lumière la nécessité d’une refondation accélérée du système de défense national, mais aussi d’un repositionnement diplomatique plus offensif.

Dans l’immédiat, l’État congolais a multiplié les partenariats sécuritaires : renforcement des coopérations bilatérales, recours accru à des appuis militaires privés, réactivation de dispositifs régionaux, et diversification des fournisseurs d’équipements et de formation. Ce pragmatisme stratégique s’inscrit dans une longue tradition congolaise.

Une constante historique : le recours aux mercenaires depuis Mobutu

Le recours à des combattants étrangers n’est pas nouveau dans l’histoire congolaise. Dès l’époque de Mobutu Sese Seko, l’État zaïrois avait fait appel à des mercenaires européens notamment belges, français, sud-africains pour sécuriser des zones minières stratégiques ou faire face à des rébellions. Dans les années 1990, cette pratique s’est poursuivie avec l’intervention de sociétés militaires privées, parfois recrutées dans l’espace post-soviétique.

Depuis lors, des profils issus d’Europe de l’Est anciens militaires ukrainiens, balkaniques ou caucasiens ont régulièrement été signalés dans différents conflits africains, y compris en RDC, attirés par des contrats de protection d’infrastructures, de formation ou d’appui opérationnel.

Cette externalisation partielle de la sécurité répond à une logique de court terme : pallier un déficit capacitaire immédiat. Mais elle pose des questions de fond : contrôle politique de la force armée, responsabilité juridique, intégration dans la doctrine nationale, et surtout durabilité d’un modèle de défense reposant sur des acteurs privés.

Leçons majeures : souveraineté, réforme et diplomatie de puissance

Un an après Goma, plusieurs leçons s’imposent.

Primo, la réforme des FARDC demeure centrale. Sans professionnalisation accrue, meilleure intelligence militaire, commandement unifié et investissement massif dans la logistique, aucun partenariat extérieur ne pourra durablement compenser les failles internes.

Secundo, la crise confirme que la défense congolaise est désormais indissociable de la géopolitique régionale. Les dynamiques de l’Est sont liées aux rivalités d’influence, aux circuits économiques transfrontaliers et aux équilibres sécuritaires des Grands Lacs. Kinshasa est contraint de jouer simultanément sur plusieurs tableaux : pression diplomatique, alliances africaines, mobilisation multilatérale et partenariats stratégiques extra-africains.

Tertio, la chute de Goma a accéléré une mutation doctrinale : passage progressif d’une posture essentiellement défensive à une stratégie plus proactive, combinant diplomatie coercitive, communication internationale et diversification des partenaires sécuritaires.

Perspectives : vers une autonomie stratégique relative ?

À moyen terme, la RDC semble engagée dans une quête d’« autonomie stratégique relative » : renforcer ses capacités propres tout en maintenant des alliances flexibles. Cela suppose un investissement soutenu dans l’industrie de défense locale, la formation des cadres militaires, le renseignement et la sécurisation des frontières. Mais la dimension politique demeure décisive.

Sans gouvernance sécuritaire crédible, sans cohésion nationale autour de la question de l’Est et sans coordination régionale réelle, toute réforme risque de rester incomplète.

Un an après Goma, la ville est devenue bien plus qu’un symbole militaire : elle incarne désormais le cœur d’un débat existentiel pour l’État congolais celui de sa capacité à protéger son territoire dans un environnement régional hautement concurrentiel, où se croisent ambitions locales, intérêts économiques et stratégies globales.

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