Goma, 25 août 2025 — La tension ne faiblit pas entre Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23).
À quelques heures d’intervalle, deux voix influentes du mouvement, Bertrand Bisimwa et Lawrence Kanyuka, ont lancé une double charge contre le régime en place, dénonçant d’une part la procédure judiciaire visant l’ancien président Joseph Kabila et d’autre part de nouvelles violations du cessez-le-feu par les forces de kinshasa.
« Lynchage médiatico-judiciaire » contre Kabila
Dans un tweet publié le 24 août, Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, a dénoncé un « lynchage médiatico-judiciaire » visant l’ancien président Joseph Kabila, poursuivi et jugé par contumace pour crimes de guerre, trahison et organisation d’un mouvement insurrectionnel.
Le ministère public a réclamé la peine capitale à son encontre, tout en demandant de lourdes peines pour complicité et apologie de crimes.
Bisimwa s’interroge sur la cohérence du régime de Kinshasa, rappelant que dans le cadre des discussions politiques, « les détenus poursuivis pour les mêmes faits doivent être libérés ». Pour lui, le traitement réservé à Kabila démontre une logique punitive à caractère politique plus qu’une véritable quête de justice.
Offensive sur Kadasomwa : l’AFC crie à la violation du cessez-le-feu
Dans un communiqué relayé via X, Lawrence Kanyuka, porte-parole politique de l’AFC, a alerté l’opinion nationale et internationale sur des « violations flagrantes du cessez-le-feu » par les forces coalisées de Kinshasa.
Selon lui, depuis midi, du dimanche 24 août, des unités de l’armée congolaise, appuyées par des « mercenaires étrangers », auraient lancé une offensive contre Kadasomwa et ses environs au Sud-Kivu, des zones densément peuplées. Kanyuka évoque des pertes humaines considérables et un nouvel exode de civils fuyant les bombardements de drones.
Tout en réaffirmant son « engagement solennel à protéger les populations civiles », il a prévenu que, contrairement à Goma où « des centaines de mercenaires avaient pu regagner leurs foyers après avoir massacré des compatriotes », l’AFC/M23 ne tolérera plus de telles issues sans sanction.
Une crise multidimensionnelle
Cette double prise de parole illustre la complexité de la crise congolaise :
- Sur le plan judiciaire, l’ancien président Kabila, figure toujours influente, se retrouve visé par des accusations gravissimes, dans un procès qui divise l’opinion entre quête de justice et règlement de comptes politiques.
- Sur le plan militaire, le front de l’est reste enflammé, malgré des engagements de cessez-le-feu restés lettre morte. Les accusations de recours à des mercenaires étrangers viennent encore fragiliser les efforts de médiation régionale.
- Sur le plan humanitaire, les nouvelles offensives aggravent les déplacements de populations déjà massives dans les Kivu, renforçant une crise humanitaire jugée alarmante par les ONG.
Constat
Le régime de Kinshasa, confronté à la fois à la pression internationale, aux offensives de l’AFC/M23 et à la polémique autour du procès Kabila et aux actes de corruptions, se trouve dans une posture délicate. De son côté, l’AFC pose désormais en acteur politique incontournable tout en consolidant son image de « protecteur des populations civiles ».
La communauté internationale est désormais face à un dilemme : comment accompagner un processus de paix crédible quand la scène politique et militaire semble chaque jour plus polarisée ?
Par Sadiki


