Les décideurs politiques ont besoin d’informations factuelles, notamment de données, pour éclairer leurs décisions. Pour un secteur aussi crucial que la santé, les données sont indispensables pour répondre aux préoccupations de santé publique qui touchent jeunes et moins jeunes. C’est précisément ce que le Development Gateway avait en tête lorsqu’il a conçu l’Initiative sur les données de lutte antitabac (TCDI).
La TCDI est un guichet unique pour les données nationales sur les taxes sur le tabac, la prévalence, le tabac illicite, l’ingérence de l’industrie du tabac, etc. À l’instar du Nigéria et du Kenya, les journalistes en RDC s’intéressent désormais à la lutte antitabac. Les raisons sont multiples. Une récente formation sur la couverture médiatique de la lutte antitabac et la TCDI, organisée par la Renevlyn Development Initiative (RDI), semble avoir joué un rôle catalyseur, car elle a mis en lumière les nombreux aspects de la lutte antitabac, pourtant bien visibles, mais largement négligés dans les reportages sur la santé.
L’un d’eux concerne la manière dont l’industrie du tabac exploite les conflits pour commercialiser ses produits. Un autre concerne son implication dans les produits du tabac illicites. Un autre problème est la manière dont les taxes sur le tabac pourraient contribuer à réduire la demande de produits du tabac. Le ciblage délibéré des jeunes par l’industrie est également un problème qui n’a pas été suffisamment dénoncé.
Tabagisme et santé publique
Philip Jakpor, directeur exécutif du RDI, a déclaré qu’en concevant cette formation, le RDI avait compris que les médias étaient essentiels, non seulement pour informer le public dans le cadre de leur rôle de surveillance, mais aussi pour susciter un discours constructif qui se traduit finalement par des réponses politiques.
Il a expliqué qu’en RDC, comme dans d’autres pays du continent, le tabagisme est un problème majeur de santé publique, avec un impact significatif sur la morbidité et la mortalité dues aux maladies non transmissibles (MNT), et pourtant, la lutte antitabac est rarement au cœur des médias. Il a estimé que les journalistes doivent être suffisamment informés sur la lutte antitabac pour pouvoir écrire de manière convaincante. D’où la nécessité pour les journalistes congolais d’exploiter des sources d’information fiables comme le TCDI.
Tabac et conflit
Oluchi Joy Roberts, experte en lutte antitabac basée au Royaume-Uni, a déclaré que de nombreuses preuves, depuis la Première Guerre mondiale, montrent que l’industrie du tabac exploite les conflits pour commercialiser ses produits mortels.
Dans sa présentation sur le tabac et les conflits, elle a expliqué que les journalistes ont pour tâche de découvrir ce que fait l’industrie. Et TCDI est là pour rendre les rapports intéressants à lire afin de forcer une intervention au niveau politique.
Elle a expliqué qu’avec les conflits récents dans des régions comme le Moyen-Orient et l’Afrique, les fabricants de tabac exploitent la faiblesse de la réglementation et ciblent les populations vulnérables. Leur approche n’a été modifiée que par la distribution de produits du tabac et de nicotine aux soldats, la promotion des produits du tabac dans les pays fragilisés par les conflits et leur implication dans le commerce illicite.
TCDI en RDC
Dans ses recommandations aux journalistes sur la manière de trouver des informations fiables sur le terrain, le professeur Patrick Shamba, conseiller technique du programme TCDI en RDC, les a encouragés à exploiter le tableau de bord compte tenu de la richesse des informations qu’ils peuvent y trouver.
Il a révélé que la lutte antitabac en RDC est entravée par l’absence de mesures réglementaires spécifiques, l’absence de dispositions détaillées pour la mise en œuvre effective de la loi-cadre de 2018, l’ingérence de l’industrie du tabac, le commerce illicite des produits du tabac et les difficultés de contrôle et de régulation du marché parallèle.
Il a toutefois souligné que ces problèmes sont sous-estimés et s’attend à ce que la formation change la donne.
D’autres présentations ont été faites lors de la formation : « Utiliser les données pour rendre les histoires de lutte antitabac pertinentes » par Caleb Ayong, fondateur de Vital Voices for Africa (VVA), et « Comment l’industrie du tabac cible les jeunes en Afrique » par Achieng Otieno, fondateur de Being Africa, une organisation kenyane.