Chercheur en Sciences Po de l’Université de Kinshasa (Unikin), Nkuy KIMBUNGU WALLY-W, scrute la trajectoire de la diplomatie congolaise depuis la prise de Bunagana, il y a plus de 3 ans. Dans une analyse, il estime que sans constance stratégique, sans clarté sur le format et sans adhésion minimale des parties en conflit, aucune médiation africaine ou internationale ne peut produire de résultats durables.
Ci-dessous l’intégralité de cette réflexion :
La diplomatie congolaise donne aujourd’hui l’image d’une trajectoire faite d’ajustements successifs, dans un environnement régional et international particulièrement instable. Entre médiations africaines et ouvertures vers des partenaires extra-africains, Kinshasa semble chercher la bonne formule pour répondre à une crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC.
Ces derniers mois, les autorités congolaises ont exprimé des réserves sur l’efficacité de certains cadres africains Luanda, Nairobi, l’Union africaine ou la Communauté d’Afrique de l’Est jugés trop lents face à l’urgence humanitaire et sécuritaire. Cette perception a favorisé une ouverture vers d’autres partenaires, notamment les États-Unis et le Qatar, dans une logique de diversification diplomatique plutôt que de rupture assumée.
Mais cette inflexion n’a pas été sans conséquences. Selon plusieurs sources diplomatiques, le Président angolais, João Lourenço, s’est progressivement désengagé après avoir été surpris par le lancement des pourparlers de Doha, initiés sans concertation approfondie avec les médiateurs africains. Il avait alors fait valoir ses responsabilités en tant que Président en exercice de l’Union africaine, recentrant son action sur l’agenda continental.
Visite du 5 janvier 2026
C’est dans ce contexte qu’intervient la visite du Président Félix Tshisekedi à Luanda, le 5 janvier 2026. Un retour vers un cadre auparavant mis en retrait, présenté comme porteur de « propositions intéressantes », mais dont le contenu reste flou. Ce va-et-vient diplomatique donne l’impression d’un réajustement tardif, voire d’un manque de ligne clairement assumée.
Surtout, cette dynamique se heurte à un obstacle majeur : l’absence d’adhésion des acteurs armés concernés. Dans un communiqué publié le 7 janvier 2025, le M23 a clairement indiqué ne pas être intéressé par cette nouvelle initiative de Kinshasa, soulignant les limites concrètes de cette relance diplomatique.
La réalité est là : sans constance stratégique, sans clarté sur le format et sans adhésion minimale des parties en conflit, aucune médiation – africaine ou internationale – ne peut produire de résultats durables. À force de changer de piste, la RDC risque de danser seule, pendant que la guerre, elle, ne marque aucune pause.