Les femmes et les jeunes filles des provinces du Nord et Sud-Kivu ne participent à la table de négociation. Elles ont fait ce constat à l’issue des échanges sur les accords de paix (Doha et Washington) en cours.
Le mercredi 18 mars 2026, ces femmes ont décidé de lever le voile.
A Bukavu, au cours d’une table ronde, elles ont remarqué qu’il y a beaucoup d’accords et processus qui se chevauchent et se complètent. Cependant, les femmes et les jeunes filles brillent par leur absence.
Pour Julienne Baseke, Coordonnatrice de l’Association des femmes des médias (AFEM), ce constat est vraiment écœurant. Alors que ce sont elles les premières victimes des conflits et de guerre. Et elles paient le lourd tribut. Et de l’autre côté, elles sont également le pilier de la résilience, surtout du relèvement des communauté après la crise.
« Mais comment on peut discuter la paix en l’absence de celles qui la portent ? », s’est-elle interrogé
A l’en croire, les femmes ne demandent pas une faveur, parce que leur participation est un droit légitime. C’est une exigence démocratique et même une condition sine qua non pour une paix durable et inclusive dans l’Est de la RDC.
Elle motive ses propose par la résolution 1325 du conseil de sécurité des Nations unies qui prône cette participation effective des femmes, des jeunes filles dans tous les processus de paix ; la convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes qui obligent les états signataires à pouvoir s’assurer d’impliquer les femmes dans leur diversité dans tous les mécanismes de prise de décision à tous les niveaux.
Cela est renforcé également par des engagement internes. Par exemple l’article 14 de la Constitution de la RDC.
« Les sensibilités des femmes sont différentes. Elles apportent aussi une valeur ajoutée et permet d’avoir les accords inclusifs avec une portée plus grande qui touche même les causes profondes de conflit de cette guerre meurtrière que les femmes, les jeunes filles et les communautés subissent pendant 30 ans dans l’Est de la RDC ».
Pour toutes ces raison, poursuit-elle, les femmes ont discuté sur des stratégies à développer, des plans d’action à mettre en œuvre dans une logique de solidarité et dans une vision commune. Objectif ? Avoir les femmes sur les tables de négociation et que les besoins, les priorités et les sensibilités des femmes soient inclus dans les différents accords de paix pour qu’ils soient plus durables et aient une meilleures appropriation et une légitimité communautaire.
Pourquoi la paix est-elle fragile?
Même son de cloche pour Solange Lwashiga, Secrétaire exécutive du Caucus des femmes pour la paix. Elle rappelle que la femme c’est le pilier de la société. s
Selon elle, la femme doit participer parce qu’elle est pilier de la société. Elle connait les réalités. Au-delà d’être victime, elle est actrice de paix. Et après les conflits, elle s’investi dans les questions économiques pour relever les statuts économiques de la société et de la famille.
De son côté Caddy Azuba, PCA d’AFEM s’est interrogé sur pourquoi différents accords signés n’ont produit qu’une paix fragile.
Pour elle, il s’agit bien de l’exclusion des priorités sociales dans les accords. La durabilité de la paix est compromise jusque-là, dit-elle. A cela s’ajoute la perte de la légitimité. C’est-à-dire, tout ce qui se trouve dans ces accords n’est pas légitime parce que la population n’est pas incluse.
« Vous serez d’accord avec moi qu’avec les accords de Washington ; je crois que 85 % de la population n’est pas d’accord parce qu’on va brader nos richesses ».
Elle poursuit
« Alors, la femme n’était pas là. Et si la femme était là, est-ce qu’on aurait une fragilité de la paix ? la réponse est non ! Parce qu’elle prendrait en considération les désidératas de la population ».
De ce fait, Cady Adzuba signale que la participation de la femme aurait donné 35 % de durabilité à ces accords. Elle se base sur une recherche scientifique menée par les Nations unies qui démontre que lorsque la femme participe aux accord de paix, il y a 35 % de chance de durabilité.
« Et donc, je vous assure qu’il n’y a pas mieux qu’une femme pour négocier. On compare toujours les négociations comme un contrat de voisinage. Et c’est seulement les femmes qui sont expertes pour négocier la paix entre les voisins », a-t-elle lâché.
La journaliste Rose de son côté insiste sur la participation de la femme.
Surtout avec le dernier rapport qui a démontré que rien que pour l’année 2025, 80.000 cas, des femmes victimes de violence sexuelles ont été répertoriés. D’où, il revient aux femmes de médias d’informer, pour informer la population sur le processus de paix.
Judith Asina