La réception à Goma de trois anciens chefs d’État africains; Uhuru Kenyatta, Mokgweetsi Masisi et Sahle-Work Zewde; accompagnés des membres de la délégation de la médiation africaine, aura été bien plus qu’une simple séquence protocolaire.
De l’accueil à la tenue des échanges, le dispositif mis en place a voulu projeter une image précise : celle d’une organisation capable de recevoir une délégation de haut niveau dans un cadre structuré, ordonné et conforme aux exigences d’une rencontre politique majeure.
Le tapis rouge n’était pas seulement un élément du protocole. Il traduisait la considération accordée aux hôtes et, au-delà, une volonté d’afficher une certaine conception de l’organisation de la chose publique : ordre, discipline, préparation et respect des institutions et des personnalités reçues. Mais un autre aspect mérite attention : la discrétion qui a entouré les échanges.
Dans un environnement politique congolais où les discussions de haut niveau sont souvent rapidement commentées, interprétées ou exposées sur la place publique, le contenu détaillé de ces consultations n’a pas été rendu public.
Cette retenue donne à la rencontre une dimension particulière : recevoir, discuter, laisser les interlocuteurs travailler et préserver l’espace nécessaire à la diplomatie. C’est peut-être là que cette visite dépasse la seule actualité politique.
Elle pose une question plus profonde sur notre culture de gouvernance : de quel Congo voulons-nous demain ?
Un Congo où l’autorité se mesure au bruit qu’elle produit, ou un Congo où elle se reconnaît à la qualité de son organisation ? Un Congo de l’improvisation permanente, ou un Congo capable de préparer, d’ordonner, d’accueillir et de préserver la confidentialité lorsque les intérêts supérieurs du pays l’exigent ?
Au-delà des divergences politiques que chacun peut avoir sur l’AFC/M23, cette séquence de Goma offre donc matière à réflexion sur la discipline institutionnelle, le sens du protocole et la culture de responsabilité dont la RDC aura besoin pour sa transformation.
Car transformer le Congo ne consistera pas seulement à changer les hommes ou les institutions. Il faudra aussi transformer notre rapport à l’État, à la responsabilité, au travail, à la discipline et au bien public.
Et lorsque l’organisation devient visible jusque dans les détails, elle finit par poser une question à toute une nation : Et si la transformation du Congo commençait aussi par la transformation de notre manière de servir le Congo ?
L’horizon est éclairé.
