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NÉCROLOGIE: Justin Mupenge, un bâtisseur d’hommes s’en est allé

Par Sadiki

by Rédaction
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La communauté académique, sociale et médiatique de Bukavu pleure la disparition de Justin Mupenge, le jeudi 12 février 2026. C’est un éducateur engagé, un rassembleur et un homme de conviction. Né le 24 novembre 1964 à Kiliba, il aura consacré sa vie à former des citoyens responsables et à unir les hommes au-delà des frontières, des tribus et des générations.

Ancien de l’Université de Lubumbashi, membre du réseau des Kassapards et initiateur du groupe des anciens étudiants, Justin Mupenge fut un grand animateur de réseaux. Enseignant dans plusieurs universités , notamment à Bukavu, Kindu et Goma. Il s’est distingué par son attachement à la jeunesse et à la transmission des valeurs.

Attaché au groupe de prière CVX, proche de nombreuses initiatives sociales et sportives, il était aussi une figure marquante de la Radio GT-SVEIN, qu’il a restructurée et dirigée avec professionnalisme. Son influence au sein du conseil d’administration et son engagement pour une communication responsable resteront gravés dans la mémoire de cette maison.

Homme de foi, d’amitié et de loyauté, toujours coiffé de son béret rouge à l’internat à Bwindi, Justin Mupenge laisse l’image d’un serviteur infatigable de la communauté.

Sa disparition est une perte énorme.

Bukavu, le monde académique et tous ceux qu’il a accompagnés garderont de lui le souvenir d’un homme profondément humain.

 

Philippe Efinda, Albert Mangbau, Justin Mupenge et Zantch Kashale Crispin à Bwindi (1981)

Sa Biographie écrite par Crispin Kashale

 

Justin Mupenge naît le 24 novembre 1964 à Kiliba, dans la plaine de la Ruzizi, au Sud-Kivu. Fils aîné de Charles Matesso et de Maman Mélanie, il grandit dans l’environnement vivant et structuré de la sucrerie de Kiliba, à une époque où le Zaïre connaissait encore une classe moyenne ouvrière stable, organisée autour du travail et de la solidarité familiale.

De cette première union naissent quatre enfants : Justin, l’aîné ; Marie aujourd’hui décédée ; Munembwe Arsène ; et Julien, établi en Afrique du Sud. Plus tard, Charles Matesso épouse Maman Marie, toujours en vie, avec qui il aura plusieurs autres enfants : Mbula, Wilo devenu pasteur, Patrick, Dadier, Cécile résidant à Manono, Jimmy vivant aux États-Unis, Michael qui a vécu à Bujumbura, Raphaël à Kiliba, et Gabriel. Cette grande famille façonne chez Justin un profond sens de la fraternité, du partage et de la responsabilité envers les autres.

Formation et éveil de conscience

Après ses premières études à Kiliba, Justin poursuit son cycle d’orientation au petit séminaire de Mungombe, près de Kamituga, dans le territoire de Mwenga. Destiné à la prêtrise, il reçoit une formation marquée par la discipline et la spiritualité. Mais son destin prendra une autre orientation.

En 1980, il rejoint l’Institut Bwindi à Bukavu, en troisième année secondaire. Dès son arrivée, il se distingue par son style et son esprit libre. Toujours coiffé d’un béret rouge et chaussé d’un sabot blanc, il incarne une originalité assumée. Rasta convaincu, il introduit dans le milieu scolaire une ouverture culturelle nouvelle. À l’internat, il explique et traduit les chansons de Bob Marley, dévoilant à ses camarades leurs messages de liberté, de justice et de dignité humaine.

Très vite, il devient un rassembleur. Pour Justin, l’amitié ne connaît ni tribu ni frontière. Burundais, Rwandais, Congolais : tous sont ses frères. Sa capacité à créer des liens durables marquera toute sa vie.

Leader naturel et animateur de jeunesse

À l’Institut Bwindi, il s’impose comme une figure centrale de la vie scolaire. Dès 1981-1982, il devient entraîneur de l’équipe de basket. Malgré sa petite taille, il fait preuve d’une autorité naturelle et d’un leadership reconnu. Il sait rassembler, motiver et inspirer.

Organisateur d’activités culturelles et sportives, animateur infatigable de la jeunesse, il crée une ambiance fraternelle et dynamique. Son sens de l’amitié et sa fidélité aux autres le rendent inoubliable pour toute une génération.

Après l’obtention de son diplôme en 1984, il prend la direction de Lubumbashi pour poursuivre son parcours. Là encore, il demeure un point de ralliement pour ses amis et compatriotes, encourageant chacun à poursuivre ses études et à croire en l’avenir.

Engagement académique et social

De retour à Bukavu, Justin s’engage dans l’enseignement supérieur. Il devient assistant à l’Université Évangélique en Afrique, puis enseigne dans plusieurs institutions, dont l’Université Catholique de Bukavu. Passionné par la formation de la jeunesse, il se consacre pleinement à l’éducation, convaincu de la nécessité de former des citoyens responsables.

Il enseignera plus tard dans plusieurs universités de la région : l’Université Mapon à Kindu, l’Université de Goma et d’autres institutions académiques. Partout où il passe, il laisse l’image d’un pédagogue exigeant, proche des étudiants et soucieux de transmettre des valeurs solides.

En parallèle, il s’engage dans les mouvements citoyens. Il participe activement à la relance du mouvement écologiste de Bukavu, luttant contre les constructions anarchiques et les érosions qui menacent la ville. Son courage et son sens de l’intérêt général le conduisent parfois jusqu’à l’arrestation, preuve de son engagement sans compromis.

Vie familiale et épreuves

Justin se marie une première fois avec Aline. Cette union est tragiquement interrompue par le décès de son épouse après une première grossesse. Cette épreuve le marque profondément.

Plus tard, il se remarie avec Francine, avec qui il aura cinq enfants : Médhi, Dani, Glovie, Marie et Josué. Père aimant et attentif, il place la famille au cœur de ses priorités.

Ambassadeur et homme d’institutions

Face aux incertitudes du pays, Justin séjourne à Kigali où il enseigne à l’UNILAC. Il devient alors un véritable point d’accueil pour la communauté congolaise : étudiants, chercheurs et voyageurs trouvent auprès de lui conseil, soutien et fraternité.

À son retour au pays, il reprend l’enseignement dans plusieurs universités et multiplie les engagements. Il siège dans différents conseils d’administration, où sa voix demeure influente et respectée.

Il s’implique également dans la restructuration et la direction de la Radio GT-SVEIN, qu’il dirige avec professionnalisme, rigueur et attachement. La radio gardera de lui le souvenir d’un homme dévoué, responsable et visionnaire, soucieux de faire des médias un outil de formation et de cohésion sociale.

Justin entretient aussi des liens étroits avec l’AJDF, l’association des anciens footballeurs, dont il reste proche et engagé. Amateur de sport et défenseur de la jeunesse, il voit dans ces réseaux un moyen de renforcer la solidarité et l’encadrement des jeunes générations.

Héritage

Malgré les douleurs liées à la maladie, notamment la goutte qui l’affaiblit dans ses dernières années, Justin continue à servir. Il initie le club des anciens de l’Institut Bwindi afin de soutenir la réhabilitation des infrastructures et l’encadrement des élèves.

Justin Mupenge appartenait à sa communauté. Enseignant, mentor, ami fidèle, rassembleur et bâtisseur de ponts, il a consacré sa vie à former des citoyens responsables et à unir les hommes au-delà des différences.

Sa disparition constitue une perte immense pour sa famille, ses amis, ses collègues, ses étudiants et pour toute la région des Grands Lacs.

Il laisse le souvenir d’un homme libre, fidèle à ses convictions, toujours coiffé de son béret rouge et animé par un esprit de fraternité sans frontières.

Justin Mupenge restera dans les mémoires comme un éducateur engagé, un rassembleur et un homme profondément humain.

A Dieu, cher ami.

Crispin Kashale

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