À l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse organisée à Goma, plusieurs responsables politiques, journalistes, acteurs de la société civile et représentants des médias ont échangé autour du rôle de la presse dans un contexte de conflit et de transformation politique.
Placée sous le thème de la désinformation et des discours de haine comme « arme de destruction massive », la rencontre a réuni les responsables de l’AFC/M23, les membres du collectif des professionnels des médias du Nord-Kivu ainsi que des représentants de la société civile.
L’AFC/M23 défend une presse « libre et responsable »
Dans son allocution, Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint chargé des questions politiques de l’AFC/M23 a rappelé que « la liberté de la presse est le fondement même de la démocratie et du principe de l’État de droit ».
Il a également affirmé que la presse avait joué un rôle essentiel dans la visibilité internationale du mouvement :
« La presse a joué et continue de jouer un rôle clé dans notre lutte et dans la reconnaissance de ses causes profondes. »
Le responsable politique a dénoncé ce qu’il considère comme une instrumentalisation des médias par Kinshasa, appelant les journalistes à privilégier « la vérité des faits » face à la désinformation et aux discours de haine.
Les journalistes du Nord-Kivu dénoncent un secteur fragilisé
Prenant la parole au nom du collectif des professionnels des médias du Nord-Kivu, plusieurs journalistes ont dressé un état des lieux préoccupant du paysage médiatique dans la province. Ils ont évoqué les fermetures de médias, les intimidations, les pressions politiques et les difficultés économiques qui affectent depuis plusieurs années les organes de presse locaux.
Le collectif a insisté sur la nécessité de reconstruire un environnement médiatique crédible et professionnel.
« Le secteur médiatique du Nord-Kivu traverse l’une des périodes les plus complexes de son histoire récente », a déclaré un représentant du collectif.
Les journalistes ont également estimé que la détérioration du climat sécuritaire avait favorisé « la propagation des rumeurs, de la désinformation et le recul du débat public ».
La société civile interpelle les médias sur le massacre du 30 août 2023
Moment particulièrement marquant de la cérémonie : l’intervention d’un représentant de la société civile revenu sur le massacre du 30 août 2023 à Goma, attribué aux forces de l’état de siège et aux groupes Wazalendo.
Face à l’assistance, il a dénoncé le silence médiatique autour de ces événements :
« Votre silence est un nouveau carnage. Votre stylo est une arme, votre micro est une bombe. »
Le responsable associatif a affirmé que plusieurs familles de victimes et orphelins vivent encore dans des conditions extrêmement difficiles, appelant les journalistes à documenter davantage leurs souffrances.
Le département de la communication promet un nouveau partenariat avec la presse
Clôturant les échanges, le chef du département de la communication, médias, postes et télécommunications de l’AFC/M23 a réaffirmé le soutien du mouvement à une presse « libre, professionnelle et responsable ».
Selon lui, les médias doivent désormais contribuer à la stabilité et à la cohésion sociale dans les territoires sous contrôle du mouvement :
« La presse doit contribuer à la diffusion d’informations crédibles, vérifiées et équilibrées, tout en évitant les discours de haine et de division. »
Le responsable a également annoncé la poursuite des échanges avec les professionnels des médias afin de renforcer les capacités du secteur et favoriser l’émergence d’une presse « réellement indépendante et crédible » au Nord-Kivu.
