Les Congolais ont droit à la justice, à la vérité, à des réparations et à des garanties de non-répétition des atrocités. C’est le souhait du Dr Denis Mukwege, à la suite de la publication du dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo.
Il s’est exprimé dans une déclaration rendue publique la nuit du mercredi 9 juillet.
Pour lui, les révélations des experts des Nations unies illustrent à nouveau que la prétendue préoccupation sécuritaire affichée par le régime de Kigali pour justifier ses « mesures défensives ». Et son interventionnisme en territoire congolais, à savoir la neutralisation des FDLR, est devenue un prétexte suranné et ne peut plus être invoquée comme une menace existentielle pour le Rwanda.
Ainsi trente ans après le drame du génocide commis au Rwanda dont les auteurs doivent répondre de leurs actes devant la justice, et malgré d’innombrables opérations militaires et initiatives menées pour mettre fin à l’activisme des FDLR, l’effectif numérique d’éléments restants de ce groupe armé suggère que sa capacité résiduelle de nuisance de ceux qui ont participé activement au génocide est fortement réduite.
Vivement des poursuites sur les crimes graves
Pourtant, dit Mukwege, les mécanismes actuellement mis en place, qui sacrifient la justice sur l’autel d’une paix fragile et illusoire, s’avèrent inefficaces. Les expériences similaires du passé démontrent qu’en empruntant cette même approche, le peuple congolais martyrisé n’a obtenu ni la justice ni la paix.
Le prix Nobel de la paix aspire à ce que la Cour Pénale Internationale poursuive ses enquêtes et ses poursuites en RDC pour les faits commis après le 1er juillet 2002, date de l’entrée en vigueur du Statut de Rome. Il encourage également les États à utiliser le principe de la compétence universelle pour mener des enquêtes et des poursuites sur les crimes graves commis en RDC, notamment ceux répertoriés dans le rapport Mapping.
Pour lui, la souffrance des victimes est universelle, et le droit à la justice doit l’être tout autant. « Il est impératif de mettre fin aux doubles standards en matière de justice à rendre aux populations martyres, en Afrique et partout ailleurs », relève-t-il. Et d’ajouter : « les leçons apprises dans d’autres situations de conflit doivent aujourd’hui être appliquées pour mettre un terme à la tragédie congolaise ».
Denis Mukwege réitère enfin un appel à des sanctions fortes et coordonnées contre les acteurs de la déstabilisation en RDC et à la mise en œuvre des prescrits de la résolution 2773 du Conseil de Sécurité, qui appelle notamment à un cessez-le-feu sans condition.