La Coordination de la Société Civile du territoire d’Idjwi tire la sonnette d’alarme sur la détérioration de la situation sécuritaire dans cette île du Sud-Kivu, autrefois considérée comme un symbole de paix et de cohésion sociale.
Dans une déclaration rendue publique et signée par Madame Koko Bahagaze Dorcel, présidente de la Coordination territoriale de la Société Civile d’Idjwi, cette structure citoyenne dénonce notamment la multiplication des morts suspectes, la montée des justices populaires et l’existence présumée de réseaux criminels opérant dans plusieurs villages du territoire.
Selon la société civile, plusieurs corps sans vie sont retrouvés ces derniers mois dans différentes localités de l’île, souvent avec des traces d’étranglement ou de violences. La population évoque un système appelé localement « Kabanga », soupçonné d’être derrière ces crimes, même si aucune enquête officielle n’a encore permis d’identifier clairement les responsables.
Depuis janvier 2025, au moins douze cas de morts suspectes ont été enregistrés à Idjwi, dont la majorité dans la chefferie de Ntambuka. Parmi les victimes figurent des hommes et des femmes retrouvés morts dans des circonstances troublantes.
La société civile déplore également l’impunité qui entoure ces affaires. Plusieurs suspects arrêtés auraient été relâchés sans que la population ne soit informée de l’issue des procédures judiciaires regrette Madame Koko Bahagaze Dorcel. Une situation qui, selon cette structure, alimente la méfiance envers la justice et favorise la propagation des rumeurs ainsi que des actes de vengeance populaire.
Des lynchages de plus en plus fréquents
Dans son communiqué, la Coordination de la Société Civile affirme que les cas de justice populaire deviennent récurrents à Idjwi. Des personnes accusées de sorcellerie, d’empoisonnement ou encore de meurtre sont parfois lynchées, brûlées vives ou leurs maisons incendiées sans aucune preuve formelle.
Ces violences touchent parfois des familles entières et créent de profondes divisions sociales dans plusieurs villages. La société civile indique que certains jeunes, souvent manipulés par des adultes ou sous l’effet de drogues, participent à ces actes de violence.
Les réseaux d’arnaque également pointés du doigt
Outre les violences communautaires, la société civile dénonce aussi l’existence de réseaux d’escroquerie connus sous le nom de « Grecs ». Ces groupes se feraient passer pour des vendeurs de matières précieuses avant d’arnaquer leurs clients avec de faux produits.
Ces activités seraient particulièrement signalées dans plusieurs villages de la chefferie de Ntambuka, notamment à Kabuye, Casi, Muhyahya, Chamahiri, Muhungwe et Buhoro. Selon la coordination, certains de ces présumés escrocs seraient également impliqués dans des enlèvements et pourraient avoir des liens avec les cas de morts suspectes signalés sur l’île.
Face à cette situation, la Société Civile d’Idjwi appelle les autorités judiciaires et sécuritaires à renforcer les enquêtes, lutter contre l’impunité et restaurer la confiance de la population envers la justice. Elle invite également les leaders religieux, les enseignants et les organisations locales à multiplier les campagnes de sensibilisation contre les justices populaires et les accusations infondées de sorcellerie.
« La vie humaine reste sacrée et personne n’a le droit de se rendre justice », rappelle la société civile dans son message, tout en appelant les partenaires à soutenir les actions de sensibilisation et l’accompagnement des victimes.
Sifa Zihalirwa.